Entre records d’indisponibilité du parc nucléaire français lié à la canicule, et stocks de gaz européens au plus bas depuis 2021, le mois d’août 2026 aura été particulièrement dense sur le marché de l’énergie.
Du côté des entreprises françaises, la traditionnelle revalorisation tarifaire du 1er août est venue s’ajouter à ce contexte tendu, avec une hausse conjuguée du TRV électricité et du TURPE.
À l’approche de l’hiver, tous les regards se tournent désormais vers la capacité de l’Europe à reconstituer ses réserves de gaz suffisamment vite pour limiter la pression sur les prix, dans un contexte géopolitique toujours instable au Moyen-Orient.
Voici ce qu’il faut retenir de ce mois d’août 2026, et les tendances à surveiller pour les prochaines semaines.
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Que s’est-il passé sur le marché de l’énergie en août 2026 ?
Le mois d’août 2026 aura été marqué par un double mouvement sur le marché de l’énergie : d’un côté, les tensions climatiques et géopolitiques qui pèsent sur la production et l’approvisionnement ; de l’autre, les décisions réglementaires et industrielles qui redessinent progressivement le mix énergétique français et européen.
Pour les entreprises, ces évolutions se traduisent aussi bien par des changements concrets sur leur facture que par des perspectives à plus long terme sur la sécurité d’approvisionnement. Voici les principaux événements à retenir.
Une production nucléaire à nouveau sous tension
La chaleur estivale a de nouveau mis à l’épreuve le parc nucléaire français. Le 10 août, EDF a enregistré un niveau inédit d’indisponibilités liées à la sécheresse et aux températures élevées des cours d’eau : jusqu’à 15,6 % de la puissance du parc s’est retrouvée hors service sur une même journée, un plafond jamais atteint depuis le début du suivi de cet indicateur en 2015.
Plusieurs réacteurs ont dû réduire leur production, tandis que d’autres sont restés à l’arrêt pour préserver les écosystèmes aquatiques, conformément aux limites fixées par l’Autorité de sûreté nucléaire.
EDF rappelle toutefois que l’impact global sur la production annuelle reste limité et que la France a continué d’exporter massivement de l’électricité vers ses voisins européens. L’électricien anticipe cependant une aggravation de ce phénomène avec le changement climatique, ce qui justifie un programme d’investissement de 8,7 milliards d’euros d’ici 2040 pour adapter ses installations aux fortes chaleurs.
Une étude publiée mi-août par le think tank Ember est venue compléter ce constat à l’échelle européenne : lors des vagues de chaleur de juin et juillet, la demande d’électricité a bondi de manière spectaculaire dans plusieurs pays (jusqu’à +26 % en Hongrie), au moment même où le nucléaire, l’hydraulique et certaines centrales thermiques peinaient à suivre.
Le photovoltaïque a en revanche joué un rôle stabilisateur inattendu, avec une production en hausse de 17 % en France et en Hongrie sur ces journées caniculaires. Un soutien qui s’arrête toutefois au coucher du soleil, laissant le réseau électrique très dépendant du gaz en soirée — une fragilité qui s’est traduite par une flambée des prix sur certains marchés nationaux.
Gaz naturel : un remplissage des stocks sous surveillance
Sur le front gazier, la vigilance reste de mise à l’approche de l’hiver. Après un printemps marqué par un remplissage particulièrement lent des réservoirs européens — les stocks n’atteignaient que 58 % de leur capacité début août, un plancher inédit depuis la crise de 2021 — la situation s’est toutefois améliorée en fin de mois.
Les importations européennes de gaz naturel liquéfié ont progressé de 21 % entre juillet et août. Ce rattrapage reste toutefois fragile : la concurrence asiatique pour capter les cargaisons disponibles, la fin programmée des importations de GNL russe en janvier et les incertitudes persistantes liées au conflit au Moyen-Orient — notamment autour du détroit d’Ormuz et des exportations qataries — continuent de peser sur les prix.
Plusieurs analystes s’accordent sur une fourchette de prix de référence européen comprise entre 55 €/MWh et 62 €/MWh pour la fin d’année, avec un risque de tensions supplémentaires si l’hiver s’annonce rigoureux.
Nucléaire : des trajectoires différentes en Europe
Deux décisions structurantes sont venues rythmer l’actualité nucléaire du mois. En Espagne, le gouvernement a acté la prolongation de la centrale d’Almaraz jusqu’en juin 2030, repoussant ainsi une fermeture initialement prévue entre 2027 et 2028. Cette décision, saluée par les acteurs économiques locaux mais critiquée par les défenseurs de la sortie du nucléaire, illustre les arbitrages auxquels sont confrontés les États européens entre sécurité d’approvisionnement et trajectoire de décarbonation portée par les renouvelables, ces dernières représentant déjà près de 60 % de la production électrique espagnole.
En France, le projet de relance du nucléaire a lui aussi franchi une étape avec l’autorisation environnementale accordée à EDF pour engager les travaux préparatoires des deux futurs réacteurs EPR2 de Gravelines. Cette autorisation ne concerne que l’aménagement du site — terrassement, infrastructures de chantier, protection de la biodiversité — et ne vaut pas feu vert pour la construction des réacteurs eux-mêmes. La décision finale d’investissement sur les six premiers EPR2 français, dont ceux de Gravelines, est attendue d’ici la fin de l’année 2026.
Ce qui change concrètement pour les entreprises
Le 1er août reste chaque année une date charnière pour la facture d’électricité des professionnels. En 2026, la Commission de régulation de l’énergie a validé une hausse moyenne de 2,5 % TTC des tarifs réglementés de vente d’électricité, portée notamment par la révision du TURPE. Ce tarif d’acheminement, qui peut représenter jusqu’à 30 % de la facture d’un site professionnel, augmente de 3,04 % en basse et moyenne tension et de 3,34 % en haute tension. À l’inverse, l’accise sur l’électricité connaît un léger recul et sa grille tarifaire se simplifie, passant de quatre à deux catégories fiscales.
Autre évolution à anticiper : à compter du 1er janvier 2027, le coefficient de conversion appliqué à l’électricité dans le diagnostic de performance énergétique sera de nouveau abaissé, de 1,9 à 1,7. Cette réforme, qui s’inscrit dans la stratégie d’électrification des usages portée par le gouvernement, devrait permettre à près de 300 000 logements de sortir du statut de passoire énergétique et confirme le resserrement progressif de l’écart de traitement entre électricité et gaz naturel.
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Prix du gaz naturel en août 2026
Le mois d’août 2026 a été marqué par une pression persistante sur les prix du gaz naturel en Europe, portée par plusieurs facteurs structurels qui se sont progressivement renforcés.
La reconstitution des stocks européens, bien qu’en cours, est restée nettement insuffisante par rapport aux standards habituels : partis de 58 % en début de mois, les niveaux de remplissage ont certes progressé pour atteindre 62 % en fin de période, mais ils sont restés très en retrait par rapport à l’année précédente (70 à 75 % à la même époque). Les projections évoquant un remplissage plafonnant autour de 75 % à l’entrée de l’hiver ont accentué les inquiétudes des acteurs du marché quant à la sécurité d’approvisionnement pour la saison froide.
Cette dynamique haussière a été alimentée par une concurrence internationale croissante pour les cargaisons de GNL, notamment face à la demande asiatique, ainsi que par des incertitudes géopolitiques persistantes concernant les routes d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient et d’Égypte.
À cela s’est ajoutée, en fin de mois, une baisse temporaire des exportations norvégiennes qui a resserré davantage l’offre disponible, alors même que les flux en provenance de Norvège avaient jusque-là joué un rôle stabilisateur essentiel pour l’équilibre du système gazier européen.
Graphique de l'évolution du prix du gaz en août 2026

Prix de l'électricité en août 2026
Le marché de l’électricité a connu une évolution contrastée tout au long du mois d’août 2026, rythmée par les aléas météorologiques et les tensions persistantes sur le marché du gaz.
En début de période, la situation était particulièrement tendue en Europe : la hausse des températures, conjuguée à une production hydroélectrique en repli et à des épisodes de faible production éolienne, a pesé sur l’équilibre du système électrique.
En France, l’élévation des températures des eaux fluviales a contraint la production nucléaire, certains réacteurs devant réduire leur activité pour respecter les limites environnementales de rejet thermique. Dans ce contexte, le marché à terme restant particulièrement attentif à la situation préoccupante du gaz ainsi qu’aux risques météorologiques pesant sur l’offre.
Un retour à des conditions plus clémentes est intervenu par la suite, avec des températures proches des normales saisonnières et des précipitations bienvenues, qui ont permis de desserrer les contraintes sur le parc nucléaire français après les épisodes de forte chaleur. Cette amélioration climatique s’est accompagnée d’une consolidation progressive des fondamentaux, entre une hydrologie plus favorable, un regain de production éolienne et une meilleure disponibilité du nucléaire — autant de facteurs qui ont contribué à freiner la hausse des prix en fin de mois.
Malgré cette accalmie sur le plan météorologique, les prix sont restés soutenus par les tensions persistantes sur le marché gazier et les incertitudes entourant les niveaux de stocks pour l’hiver à venir, entretenant une véritable prime de risque hivernale.
Du côté du CO2, les prix des quotas d’émission se sont maintenus à un niveau globalement stable et élevé sur l’ensemble de la période, portés par la demande du secteur électrique pour la production thermique ainsi que par les achats de fin d’année liés à la mise en conformité des acteurs dans le cadre du système EU ETS — une tendance haussière à peine tempérée par l’amélioration progressive du marché électrique.
Graphique de l'évolution du prix de l'électricité en août 2026

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